Wakanda : que la force (intérieure) soit avec toi

L’omniprésence, l’invisible des forces de la vie est la signification Amérindienne du prénom Sioux « Wakanda ». Une jeune Guyanaise de 32 ans incarne cette définition, platines en phase avec son énergie positive et une vision sereine de la vie. Autodidacte, passionnée de rythmes afros, afro-cubains, électros, Wakanda continue tranquillement son chemin en semant de bonnes vibes.

 

Dans les bandes dessinées Marvel Comics, son prénom est aussi le nom d’un pays africain imaginaire dont La Panthère Noire est le roi. Dans son royaume à elle, une seule reine : la Musique. Elle la considère comme une personne à part entière, sa best friend, et le cœur de la mission dont elle se sent investie. La libération des esprits par la musique. De beats thérapeutiques en samples guérisseurs, Wakanda observe, s’adapte et transgresse délicieusement les lois d’un monde où l’apparence prend parfois le pas sur le talent, surtout quand on est une fille.

De la Guyane à Paris

Elle voit le jour dans une famille de tambouyés connue en Guyane. Benjamine de la famille Cippe, la grande différence d’âge avec ses frères et soeurs force Wakanda à se faire sa place dans cette maison à l’éducation stricte. Une jeune fille ne doit pas sortir le soir. Elle doit faire ses devoirs. Ses 4 frères et 3 sœurs sont déjà en âge de sortir ou ne l’incluent pas dans le choix du programme de la seule télévision de la maison, il lui reste comme seule compagnie un casque audio et une chaîne hi-fi. Elle développe un goût prononcé pour le son et apprend la « survie » dans cette grande fratrie en préparant des cassettes audio à ses frères et sœurs, comme une monnaie d’échange à sa tranquillité et un outil d’affirmation encore inconscient. De temps à autre, elle se réfugie dans le manguier du jardin, son sas de décompression, où la zik et les branches lui font prendre de la hauteur. Elle devient vite la référente musicale du quartier des Ames Claires à Montjoly, une commune en périphérie de Cayenne.

Wakanda est d’abord élevée par Sylvie, sa grande sœur, puis par sa maman. L’année de ses 14 ans, Sylvie devient majeure et part poursuivre ses études dans l’hexagone. Un an plus tard, le meilleur ami de Wakanda, Robby, d’un an son aîné, part lui aussi. Elle sent trop seule et décide de partir les rejoindre.

 

 

Paris, capitale de l’émancipation

Paris, ses music-stores. La DJette en devenir emménage en Seine-Saint-Denis, et passe son temps au « Black and White », disc-shop où grâce au système de troc, elle dévore disque après disque. Grâce à un stratagème de copie de disques et troc fréquent, elle enrichit sa culture musicale. Le disquaire n’est pas dupe mais il est touché par la présence quotidienne de la jeune fille et comprend qu’il a affaire à une passionnée. L’album d’Aaliyah « Aaliyah » est le premier émoi. La chanteuse à la fin tragique côtoiera Usher, Missy Elliott, Busta Rhymes, les Isley Brothers ou encore les Daft Punk dans la discothèque de cœur de la jeune fille.

Les premières soirées et l’ascension évidente

En décembre de la même année, elle mixe dans une soirée Guyanaise à Paris. Le reggae trop présent ce soir-là agace les organisateurs qui lui laissent carte blanche. C’est un succès jusqu’au petit matin. La même histoire se répète en 2009 à Londres, partie en week-end pour une soirée où il manque un DJ. Pas vraiment équipée, elle commande une table de mixage Hercule sur un site internet discount, reçue le matin du départ. Son grand sens de l’observation dans le passé fait qu’elle parvient à l’utiliser et elle se retrouve face à un public londonien conquis. En 2011, elle découvre les soirées silencieuses à Paris, où les clients dansent grâce à des casques bluetooth individuels. Habitée par son envie de bien faire, elle ose approcher l’organisatrice et devient résidente de ces soirées jusqu’en 2014 dans les endroits de la capitale prisés par les noctambules comme le New Morning, le Cabaret Sauvage ou la Rotonde. Elle rencontre le DJ Mum’s qui lui souligne sa progression. En parallèle elle découvre la bonne House Music, l’Afro-House et le Voguing au Joon’s dans le 13ème arrondissement. La dimension spirituelle du son diffusé et la vibe dans le lieu sont hautes mais ne lui font toutefois pas encore réaliser sa vocation.

Un retour aux sources nécessaire

Un an plus tard, elle se dit que la sauce peut prendre et investit dans du matériel, des cartes de visites, des photos pro. Tout va très vite. Trop vite. Wakanda accepte tout et n’importe quoi et fin 2014 elle décide de partir en Guyane et mettre la musique entre parenthèses. Elle revient chez elle transformée, son sevrage musical durera un an, le temps d’une émancipation définitive de son éducation religieuse, de se trouver… Elle délaisse la Bible, lit des récits inspirants, presque prémonitoires. « Le Guerrier Pacifique », une histoire de pygmalion et disciple sur fond d’introspection, la passionne. La jeune femme est fascinée par Prince et Grace Jones. La liberté assumée et le refus des étiquettes de la star Jamaïcaine inspire l’espiègle Wakanda. Elle façonne peu à peu son désir de liberté et ce besoin de mener sa vie comme elle l’entend, mixant naturellement franc-parler et sensibilité.  Un déclic a lieu en réécoutant sa mixtape réalisée en prime time sur Guyane 1ère où elle devient la première femme à mettre le faya dans les studios de la chaîne publique. Elle réalise pour la première fois sa capacité à raconter une histoire à l’aide d’une mixtape. Elle se sent prête désormais à revenir à Paris.

Retour difficile vs. Pensée positive

La ré-acclimatation n’est pas aisée. Elle rompt le lien avec ses presque 2000 followers sur Facebook, supprime son compte Soundcloud, garde son Instagram. Quelques mois passent, elle recommence à sortir et on lui propose de mixer dans une soirée branchée à Paris, « La Mardi ». L’évidence resurgit. Et ça lui avait manqué.

Aujourd’hui, tout semble évident. La pensée créatrice a pris le pas sur tout le reste. Elle prend des cours de batterie, « instrument essentiel d’un morceau avec la guitare basse » selon elle. Elle aussi veut faire entrer les gens en transe, celle ressentie quand elle écoute le duo Sud-Africain Black Motion. La batterie, elle veut l’apprivoiser pour en ajouter à ses mix, « combler les manques de rythmique de certains sons » selon ses mots. Elle fait partie d’un collectif parisien de DJs et producteurs de musique électronique, « Based on facts » et voit petit à petit sa vie dans le prisme de sa passion. Récemment, elle a participé à un live DJ de Soondy (nouveau concept de plateforme de mix personnalisé à distance) qui a suscité de belles réactions, notamment celle du discret DJ Fukisama (du collectif Starship Loopers, acolyte un temps du king de l’afro-house Black Coffee) qui l’a approchée en vue de mixer dans des temples de l’électro parisienne. Dans un petit cahier, sorte de « to do list » personnelle, elle a écrit l’histoire de Wakanda. Des mots, des phrases fondatrices, sonnant comme des mantras pour aller toujours plus haut. Pour qui ? Elle l’assure avec le sourire, avant tout pour elle-même.

Une mixtape personnelle fraîchement réalisée. Pour écouter les inspirations de Miss Wakanda, c’est par ici :

 

Cover photo : herself

Photos : Armando Garcia

Wakanda est sur Facebook et Soundcloud

 

Author Profile

Da Kov
Da Kov
Chercheur en émotions, en 2010 il est co-gérant d’un bar expo music live à Paris, le « Paname Soul ». Dans ce lieu de liberté, le café-théâtre s'invite, les toiles ou photos exposées (Erik Pedurand, « Voodoo Print »…) deviennent témoins de concerts acoustiques de la jeune scène Antillaise soul et jazz (Freepon, G-Skalp, Florence Naprix, Sakesho, Mélissa Laveaux, Véronique Hermann Sambin, Maher Beauroy…), hip hop (Daz Ini, Tismé, Pledge…), world music (Elvita Delgado…). Enthousiasme sans cesse renouvelé, il exulte quand se profile une pépite et quelques unes naissent sur cette nouvelle scène parfois les rencontres littéraires ou le "Tan Kreyol" introduisent les soirées musicales, les publics se conjuguent...



La clientèle est majoritairement Antillaise. Découverte de la vibe caribéenne et l'envie de l'approfondir. Il l'approche de l'intérieur en Guadeloupe, à Marie Galante où il séjourne quelques mois et le voici en Martinique, une parenthèse qui durera cinq ans. Il devient pigiste pour France-Antilles, un moyen de traduire les espoirs et exaspérations de jeunes artistes en nécessité d'exister. La culture est au coeur de ses préoccupations, il s'imprègne, en saisit les codes, tente de les restituer avec sa sensibilité, un humanisme ouvert, sans barrières... il partage avec le grand public des talents tels ( DJ Noss, Chassol, Emergence Musique Martinique...)



Découvreur, son altruisme en fait un passeur reconnu par ses pairs : il est lauréat du prix régional André Aliker en 2016 (catégorie correspondant de presse).



De retour à Paris depuis 2017, il est attaché de presse, correspondant à Paris pour France-Antilles, écrit pour le site parislanuit.fr, et contributeur pour Sousleground.